En décembre 2017, Smartcat a conclu un partenariat avec Braahmam, une entreprise spécialisée dans les solutions linguistiques qui fournit des services complets à ses clients dans plus de 100 langues. Nous avons contacté Biraj Rath, PDG de Braahmam, afin d'obtenir des réponses à certaines questions que nous nous posions sur le marché indien de la traduction.
Alors que nous continuons à nouer des partenariats avec des entreprises du monde entier, nous sommes toujours ravis d'en apprendre davantage sur les pays et les régions dans lesquels elles opèrent. Fondée à l'origine comme une entreprise de solutions d'apprentissage, Braahmam couvre désormais tous les types d'emplois liés aux langues, y compris la localisation de logiciels/applications mobiles, la localisation de sites web, la traduction de documents et de manuels, les supports marketing et commerciaux, la localisation de formations et d'apprentissage en ligne, et les tests. Biraj nous a aimablement fait part d'un aperçu détaillé des tendances mondiales et locales ainsi que des orientations futures explorées par Braahmam afin de rester à la pointe de l'industrie linguistique dans l'un des pays les plus multilingues au monde. Poursuivez également votre lecture pour découvrir des faits intéressants sur les nombreuses langues parlées en Inde et sur la manière dont le partenariat entre Braahmam et Smartcat va jouer un rôle dans le développement et le succès de l'entreprise.
Biraj Rath
PDG de Braahmam
— Bonjour Biraj ! Première question : depuis combien de temps travaillez-vous dans le secteur des langues ?
Nous avons lancé Braahmam en 2000, il y a près de 18 ans. Au départ, nous réalisions de petits projets pour nos clients qui avaient besoin de formations multilingues ou de présentations commerciales dans plusieurs langues. À l'époque, nous ne savions pas qu'il existait un secteur distinct dédié à la localisation de contenus/logiciels spécifiquement liés aux langues. Cependant, à partir de 2004, nous avons pris la décision délibérée de nous lancer davantage dans le secteur des langues avec plusieurs langues. Notre association avec le secteur des langues est donc assez longue.
— Qu'est-ce qui vous motive à travailler dans ce secteur ?
L'Inde est un pays de langues. Officiellement, il existe 23 langues en Inde, mais plusieurs dialectes existent également pour chacune de ces langues. Je sais personnellement lire, écrire et parler trois langues et je comprends partiellement deux autres langues indiennes. Ce qui me fascine dans le monde des langues, c'est que le sanskrit est à la base de tant de langues à travers le monde, y compris les langues indiennes. Il existe de nombreux faits étonnants sur les langues qui les rendent encore plus intéressantes.Par exemple, l'écriture devanagari est utilisée pour écrire dans plusieurs langues, telles que le sanskrit, l'hindi, le marathi, le népalais et le konkani. Un autre exemple est que le sanskrit peut être écrit dans au moins 10 écritures différentes, notamment le devanagari, l'odia, le bengali, le kannada, le tamoul, le malayalam, le télougou et le brahmi, etc. Les possibilités sont immenses dans le monde des langues. Cela peut s'appliquer aux situations de vente, à l'éducation et à la formation, à la sensibilisation et même à la résolution de problèmes difficiles dans des domaines inaccessibles. — Combien de langues Braahmam couvre-t-il ? Diriez-vous qu'il vaut la peine d'étendre à de nouvelles paires de langues ? Braahmam fonctionne avec plus de 100 langues. Parmi celles-ci figurent des langues indiennes, asiatiques, d'Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient, européennes et rares. Nous continuons d'ajouter non seulement de nouvelles langues, mais aussi des combinaisons linguistiques. Par exemple, nous avons récemment ajouté des combinaisons linguistiques difficiles, telles que l'allemand vers le thaï et l'indonésien. Chaque combinaison linguistique que nous ajoutons multiplie considérablement le potentiel de croissance de notre entreprise. Cela en vaut vraiment la peine.
— Pouvez-vous nous parler un peu du secteur de la traduction en Inde et de la place qu'y occupe Braahmam ?
Le secteur de la traduction en Inde est extrêmement fragmenté. Nous n'avons pas d'association établie regroupant les entreprises et les freelances. Pour un pays comme l'Inde, qui compte plus de 1,2 milliard d'habitants et 23 langues officielles, il est surprenant que nous n'ayons pas d'institutions, de collèges ou d'universités établis qui enseignent la traduction ou la localisation, ou des activités connexes que nous menons dans notre secteur. Je ne veux pas dire qu'il n'existe pas de cours qui enseignent les langues, la littérature ou les compétences de base en traduction, mais ce qui manque cruellement, c'est le lien entre l'industrie et le monde universitaire. De ce fait, les étudiants sont totalement déconnectés de l'application pratique et concrète de la traduction et de la localisation dans le monde des affaires. Par conséquent, les gens ne semblent pas considérer la traduction comme une option de carrière naturelle. Il existe quelques institutions gouvernementales ou subventionnées par le gouvernement qui mènent des recherches liées aux langues, mais je considère que leur impact est limité pour un pays comme l'Inde. Cela signifie également qu'il existe d'énormes opportunités ici pour les quelques entreprises établies. Vous constaterez que les grands prestataires de services linguistiques internationaux ont des succursales ou des bureaux d'exploitation, et qu'il existe également des entreprises de localisation locales. Bon nombre de ces dernières travaillent pour des entreprises indiennes locales, d'autres pour des prestataires de services linguistiques internationaux, tandis que d'autres encore travaillent directement avec des entreprises internationales. Au cours des trois ou quatre dernières années, des start-ups et des entrepreneurs ont commencé à expérimenter les langues indiennes dans leurs produits et services.
Il s'agit d'un changement bienvenu, et je peux vous dire que certains ont déjà connu le succès grâce à ces expériences. Ce sont là de très bons signes pour l'avenir du secteur de la traduction en Inde.
— Selon vous, quels sont les domaines d'expertise les plus demandés pour la traduction en Inde ?
En gros, tout produit ou service qui répond à un besoin de la population créera une demande pour les langues locales. Ainsi, en Inde, vous aurez une demande pour les services aux citoyens liés au gouvernement provenant de divers ministères et départements gouvernementaux, des institutions bancaires et financières, du secteur juridique, des appareils électroménagers ou des dispositifs, de l'automobile et de la fabrication. Il existe un autre segment important, celui des exportateurs, qui comprend à la fois les biens et les services. Les entreprises indiennes qui se lancent dans la vente de leurs produits ou services souhaitent communiquer avec leurs prospects dans la langue de leur choix, par le biais de sites web, de supports de vente, etc. — Selon vous, quel est l'avenir du secteur de la traduction en Inde ? Compte tenu des tendances actuelles, je prévois que d'énormes quantités de données numériques seront traduites dans les langues indiennes par diverses grandes entreprises de logiciels, d'Internet et de médias sociaux, grâce au crowdsourcing et à la traduction automatique. De plus, les entreprises qui vendent directement aux consommateurs prennent également conscience du potentiel énorme que représentent les consommateurs non anglophones en Inde et souhaitent exploiter ce marché. Il y a quelques années, la plupart des entreprises qui investissaient en Inde pensaient que l'anglais suffisait pour les consommateurs indiens.
Elles ont rapidement réalisé que les consommateurs anglophones représentaient moins de 10 % des plus de 1,2 milliard d'habitants et qu'elles passaient à côté des 90 % restants.
Au cours des 5 à 6 dernières années, cette impression a changé ; il y a désormais davantage de professionnels disponibles pour servir les clients. Je prévois également beaucoup de travail dans les domaines spirituel et à but non lucratif en Inde. En outre, l'Inde est en train de devenir un centre de back-office ou de gestion de projets pour certains grands prestataires de services linguistiques. Cela indique également que les talents en gestion de projets en Inde seront utiles à notre secteur.
— Pensez-vous qu'il soit judicieux pour les agences d'offrir leurs services dans des pays et sur des marchés autres que ceux où elles sont implantées ?
Oui, absolument. La nature même de l'économie mondialisée signifie qu'il est tout à fait logique de vendre des services de traduction sur les marchés internationaux. Et cela fonctionne bien pour les marchés internationaux, car de nombreux clients préfèrent utiliser des ressources nationales et se sentent à l'aise avec un partenaire qui connaît la culture locale et peut fournir des conseils précieux en cas de besoin.
— À long terme, miseriez-vous plutôt sur des traducteurs internes ou sur des traducteurs indépendants ?
Pour la plupart de nos travaux, je dirais plutôt sur des traducteurs indépendants. Mais dans certains cas spécifiques, les ressources internes sont préférables et offrent également plus de flexibilité. — Quels sont les principaux défis auxquels un chef de projet est confronté lorsqu'il démarre un nouveau projet ? À mon avis, l'un des grands défis auxquels sont confrontés les chefs de projet aujourd'hui est de s'engager auprès des clients en termes de délais d'exécution, tant pour les petits que pour les grands projets. Cela s'accompagne naturellement de défis en matière de ressources pour respecter des délais d'exécution courts. Smartcat est en mesure de relever efficacement certains de ces défis.
— Avez-vous des réflexions sur la formation des traducteurs et autres spécialistes linguistiques en Inde ?
C'est un point très critique pour le marché indien. Comme je l'ai déjà dit, il existe un écart important entre l'industrie et le monde universitaire, ce qui limite considérablement la formation des traducteurs ou des professionnels linguistiques ici. Braahmam a été à l'avant-garde de la formation gratuite de plusieurs traducteurs aux outils de TAO et aux technologies spécifiques aux besoins de nos clients. En outre, nous avons dispensé des formations et des enseignements sur plusieurs normes de qualité et de traduction appliquées dans notre secteur. Mais cela ne suffit pas. Nous avons vraiment besoin d'une initiative à plus grande échelle, dans laquelle les différents acteurs de l'écosystème indien participent au mouvement éducatif.
Le partenariat entre Smartcat et Braahmam visera également à avoir une influence positive sur l'écosystème indien à cet égard.
— Et pour finir, que pensez-vous du partenariat avec Smartcat ?
Je suis vraiment heureux de m'associer à Smartcat sur plusieurs fronts. L'un de nos objectifs était d'introduire sur le marché des traducteurs professionnels originaires d'Inde et d'Asie du Sud-Est (ASE). Nous avons pu fournir des traducteurs certifiés de haute qualité au marché sur Smartcat. Nous voulions également permettre aux traducteurs indiens et d'ASE d'utiliser facilement un outil de TAO qui ne leur coûte pas un centime et leur offre pourtant un système d'entreprise de classe mondiale sans aucune limitation. Nous souhaitons développer cette relation en Inde de manière à ce que cet outil devienne incontournable tant pour les entreprises que pour les traducteurs en Inde, et que l'écosystème profite à toutes les parties prenantes. Jusqu'à présent, nous progressons régulièrement et espérons devenir plus présents sur le marché dans un avenir proche.
Abonnez-vous à notre newsletter




